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L’élixir de longue vie

The Elixer of life

€ 10
FrenchDescription
Dans un palais de Ferrare, le jeune Don Juan et le prince de la maison d'Este sont réunis pour un festin accompagné de sept jeunes et jolies courtisanes. Les jeunes gens discutent et Don Juan se plaint à sa compagnie de la longévité de son père, Bartholoméo Belvidéro, un richissime nonagénaire qui lui a toujours permis de vivre dans un grand luxe et sans jamais rien lui interdire. Lorsqu’on les interrompt pour prévenir le jeune homme que le vieillard est mourant, Don Juan se rend au chevet de son père qui lui révèle alors qu’il est en possession d’une fiole contenant un liquide qui permettra de le ressusciter.
FrenchNotes
What an interesting structure for a story. Matching up the contents was very doable and there are not very many complicated words being used. Overall this is a great read for someone with intermediate level French. It's easy to follow what's going on that the story itself is very intriguing.
Honororé de Balzac
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Au début de la vie littéraire de l’auteur, un ami, mort depuis longtemps, lui donna le sujet de cette Étude, que plus tard il trouva dans un recueil publié vers le commencement de ce siècle;

et, selon ses conjectures, c’est une fantaisie due à Hoffmann de Berlin, publiée dans quelque almanach d’Allemagne, et oubliée dans ses œuvres par les éditeurs.

La Comédie humaine est assez riche en inventions pour que l’auteur avoue un innocent emprunt ;

comme le bon La Fontaine, il aura traité d’ailleurs à sa manière, et sans le savoir, un fait déjà conté.

Ceci ne fut pas une de ces plaisanteries à la mode en 1830, époque à laquelle tout auteur faisait de l’atroce pour le plaisir des jeunes filles.

Quand vous serez arrivé à l’élégant parricide de don Juan, essayez de deviner la conduite que tiendraient, en des conjonctures à peu près semblables, les honnêtes gens qui,

au XIXe siècle, prennent de l’argent à rentes viagères, sur la foi d’un catarrhe, ou ceux qui louent une maison à une vieille femme pour le reste de ses jours ?

Ressusciteraient-ils leurs rentiers ?

Je désirerais que des peseurs-jurés de conscience examinassent quel degré de similitude il peut exister entre don Juan et les pères qui marient leurs enfants à cause des espérances ?

La société humaine, qui marche, à entendre quelques philosophes, dans une voie de progrès, considère- t-elle comme un pas vers le bien, l’art d’attendre les trépas?

Cette science a créé des métiers honorables, au moyen desquels on vit de la mort.

Certaines personnes ont pour état d’espérer un décès, elles le couvent, elles s’accroupissent chaque matin sur un cadavre,

et s’en font un oreiller le soir: c’est les coadjuteurs, les cardinaux, les surnuméraires, les tontiniers, etc.

Ajoutez-y beaucoup de gens délicats, empressés d’acheter une propriété dont le prix dépasse leurs moyens, mais qui établissent logiquement et à froid les chances de vie qui restent à leurs pères ou à leurs belles-mères,

octogénaires ou septuagénaires, en disant : – « Avant trois ans, j’hériterai nécessairement, et alors...» Un meurtrier nous dégoûte moins qu’un espion.

Le meurtrier a cédé peut-être à un mouvement de folie, il peut se repentir, s’ennoblir.

Mais l’espion est toujours espion ; il est espion au lit, à table, en marchant, la nuit, le jour; il est vil à toute minute. Que serait-ce donc d’être meurtrier comme un espion est vil ?

Hé ! bien, ne venez- vous pas de reconnaître au sein de la société une foule d’êtres amenés par nos lois, par nos mœurs, par les usages, à penser sans cesse à la mort des leurs, à la convoiter ?

Ils pèsent ce que vaut un cercueil en marchandant des cachemires pour leurs femmes, en gravissant l’escalier d’un théâtre,

en désirant aller aux Bouffons, en souhaitant une voiture.

Ils assassinent au moment où de chères créatures, ravissantes d’innocence, leur apportent, le soir, des fronts enfantins à baiser en disant :« Bonsoir, père ! »

Ils voient à toute heure des yeux qu’ils voudraient fermer, et qui se rouvrent chaque matin à la lumière, comme celui de Belvidéro dans cette ÉTUDE.

Dieu seul sait le nombre des parricides qui se commettent par la pensée!

Figurez-vous un homme ayant à servir mille écus de rentes viagères à une vieille femme, et qui, tous deux, vivent à la campagne, séparés par un ruisseau,

mais assez étrangers l’un à l’autre pour pouvoir se haïr cordialement sans manquer à ces convenances humaines qui mettent un masque sur le visage de deux frères dont l’un aura le majorat, et l’autre une légitime.

Toute la civilisation européenne repose sur L’HÉRÉDITÉ comme sur un pivot, ce serait folie que de le supprimer ;

mais ne pourrait-on, comme dans les machines qui font l’orgueil de notre Âge, perfectionner ce rouage essentiel.

Si l’auteur a conservé cette vieille formule AU LECTEUR dans un ouvrage où il tâche de représenter toutes les formes littéraires,

c’est pour placer une remarque relative à quelques Études, et surtout à celle-ci.

Chacune de ses compositions est basée sur des idées plus ou moins neuves, dont l’expression lui semble utile,

il peut tenir à la priorité de certaines formes, de certaines pensées qui, depuis, ont passé dans le domaine littéraire, et s’y sont parfois vulgarisées.

Les dates de la publication primitive de chaque Étude ne doivent donc pas être indifférentes à ceux des lecteurs qui voudront lui rendre justice.

La lecture nous donne des amis inconnus, et quel ami qu’un lecteur ! nous avons des amis connus qui ne lisent rien de nous ! l’auteur espère avoir payé sa dette en dédiant cette œuvre DIIS IGNOTIS.

Dans un somptueux palais de Ferrare, par une soirée d’hiver, don Juan Belvidéro régalait un prince de la maison d’Este.

À cette époque, une fête était un merveilleux spectacle que de royales richesses ou la puissance d’un seigneur pouvaient seules ordonner.

Assises autour d’une table éclairée par des bougies parfumées, sept joyeuses femmes échangeaient de doux propos,

parmi d’admirables chefs-d’œuvre dont les marbres blancs se détachaient sur des parois en stuc rouge et contrastaient avec de riches tapis de Turquie.

Vêtues de satin, étincelantes d’or et chargées de pierreries qui brillaient moins que leurs yeux, toutes racontaient des passions énergiques, mais diverses comme l’étaient leurs beautés.

Elles ne différaient ni par les mots ni par les idées ;

l’air, un regard, quelques gestes ou l’accent servaient à leurs paroles de commentaires libertins, lascifs, mélancoliques ou goguenards.

L’une semblait dire: – Ma beauté sait réchauffer le cœur glacé des vieillards.

L’autre : – J’aime à rester couchée sur des coussins, pour penser avec ivresse à ceux qui m’adorent.

Une troisième, novice de ces fêtes, voulait rougir : – Au fond du cœur je sens un remords ! disait-elle. Je suis catholique, et j’ai peur de l’enfer. Mais je vous aime tant, oh ! tant et tant, que je puis vous sacrifier l’éternité.

La quatrième, vidant une coupe de vin de Chio, s’écriait : – Vive la gaieté ! Je prends une existence nouvelle à chaque aurore !

Oublieuse du passé, ivre encore des assauts de la veille, tous les soirs j’épuise une vie de bonheur, une vie pleine d’amour !

La femme assise auprès de Belvidéro le regardait d’un œil enflammé. Elle était silencieuse.

– Je ne m’en remettrais pas à des bravi pour tuer mon amant, s’il m’abandonnait ! Puis elle avait ri ; mais sa main convulsive brisait un drageoir d’or miraculeusement sculpté.

– Quand seras-tu grand-duc ? demanda la sixième au prince avec une expression de joie meurtrière dans les dents, et du délire bachique dans les yeux.

– Et toi, quand ton père mourra-t-il ? dit la septième en riant, en jetant son bouquet à don Juan par un geste enivrant de folâtrerie.

C’était une innocente jeune fille accoutumée à jouer avec toutes les choses sacrées.

– Ah ! ne m’en parlez pas, s’écria le jeune et beau don Juan Belvidéro, il n’y a qu’un père éternel dans le monde, et le malheur veut que je l’aie !

Les sept courtisanes de Ferrare, les amis de don Juan et le prince lui-même jetèrent un cri d’horreur. Deux cents ans après et sous Louis XV, les gens de bon goût eussent ri de cette saillie.

Mais peut-être aussi, dans le commencement d’une orgie, les âmes avaient- elles encore trop de lucidité ?

Malgré le feu des bougies, le cri des passions, l’aspect des vases d’or et d’argent, la fumée des vins, malgré la contemplation des femmes les plus ravissantes,

peut-être y avait-il encore, au fond des cœurs, un peu de cette vergogne pour les choses humaines et divines qui lutte jusqu’à ce que l’orgie l’ait noyée dans les derniers flots d’un vin pétillant ?

Déjà néanmoins les fleurs avaient été froissées, les yeux s’hébétaient, et l’ivresse gagnait, selon l’expression de Rabelais, jusqu’aux sandales.

En ce moment de silence, une porte s’ouvrit ;

et, comme au festin de Balthazar, Dieu se fit reconnaître, il apparut sous les traits d’un vieux domestique en cheveux blancs,

à la démarche tremblante, aux sourcils contractés ;

il entra d’un air triste, flétrit d’un regard les couronnes, les coupes de vermeil, les pyramides de fruits, l’éclat de la fête, la pourpre des visages étonnés et les couleurs des coussins foulés par le bras blanc des femmes

enfin, il mit un crêpe à cette folie en disant ces sombres paroles d’une voix creuse : – Monsieur, votre père se meurt.

Don Juan se leva en faisant à ses hôtes un geste qui peut se traduire par : « Excusez-moi, ceci n’arrive pas tous les jours. »

La mort d’un père ne surprend-elle pas souvent les jeunes gens au milieu des splendeurs de la vie, au sein des folles idées d’une orgie ?

La mort est aussi soudaine dans ses caprices qu’une courtisane l’est dans ses dédains; mais plus fidèle, elle n’a jamais trompé personne.

Quand don Juan eut fermé la porte de la salle et qu’il marcha dans une longue galerie froide autant qu’obscure, il s’efforça de prendre une contenance de théâtre ;

car, en songeant à son rôle de fils, il avait jeté sa joie avec sa serviette. La nuit était noire.

Le silencieux serviteur qui conduisait le jeune homme vers une chambre mortuaire éclairait assez mal son maître, en sorte que la MORT, aidée par le froid, le silence, l’obscurité,

par une réaction d’ivresse, peut-être, put glisser quelques réflexions dans l’âme de ce dissipateur, il interrogea sa vie et devint pensif comme un homme en procès qui s’achemine au tribunal.

Bartholoméo Belvidéro, père de don Juan, était un vieillard nonagénaire qui avait passé la majeure partie de sa vie dans les combinaisons du commerce.

Ayant traversé souvent les talismaniques contrées de l’Orient,

il y avait acquis d’immenses richesses et des connaissances plus précieuses, disait-il, que l’or et les diamants, desquels alors il ne se souciait plus guère.

– Je préfère une dent à un rubis, et le pouvoir au savoir, s’écriait-il parfois en souriant.

Ce bon père aimait à entendre don Juan lui raconter une étourderie de jeunesse, et disait d’un air goguenard, en lui prodiguant l’or : – Mon cher enfant, ne fais que les sottises qui t’amuseront.

C’était le seul vieillard qui éprouvât du plaisir à voir un jeune homme, l’amour paternel trompait sa caducité par la contemplation d’une si brillante vie.

À l’âge de soixante ans, Belvidéro s’était épris d’un ange de paix et de beauté. Don Juan avait été le seul fruit de cette tardive et passagère amour.

Depuis quinze années, le bonhomme déplorait la perte de sa chère Juana. Ses nombreux serviteurs et son fils attribuaient à cette douleur de vieillard les habitudes singulières qu’il avait contractées.

Réfugié dans l’aile la plus incommode de son palais, Bartholoméo n’en sortait que très rarement, et don Juan lui-même ne pouvait pénétrer dans l’appartement de son père sans en avoir obtenu la permission.

Si ce volontaire anachorète allait et venait dans le palais ou par les rues de Ferrare,

il semblait chercher une chose qui lui manquait ; il marchait tout rêveur, indécis, préoccupé comme un homme en guerre avec une idée ou avec un souvenir.

Pendant que le jeune homme donnait des fêtes somptueuses et que le palais retentissait des éclats de sa joie,

que les chevaux piaffaient dans les cours, que les pages se disputaient en jouant aux dés sur les degrés, Bartholoméo mangeait sept onces de pain par jour et buvait de l’eau.

S’il lui fallait un peu de volaille, c’était pour en donner les os à un barbet noir, son compagnon fidèle. Il ne se plaignait jamais du bruit.

Durant sa maladie, si le son du cor et les aboiements des chiens le surprenaient dans son sommeil, il se contentait de dire : – Ah ! c’est don Juan qui rentre !

Jamais sur cette terre un père si commode et si indulgent ne s’était rencontré ; aussi le jeune Belvidéro, accoutumé à le traiter sans cérémonie, avait-il tous les défauts des enfants gâtés ;

il vivait avec Bartholoméo comme vit une capricieuse courtisane avec un vieil amant, faisant excuser une impertinence par un sourire, vendant sa belle humeur, et se laissant aimer.

En reconstruisant, par une pensée, le tableau de ses jeunes années, don Juan s’aperçut qu’il lui serait difficile de trouver la bonté de son père en faute.

En entendant, au fond de son cœur, naître un remords, au moment où il traversait la galerie, il se sentit près de pardonner à Belvidéro d’avoir si longtemps vécu.

Il revenait à des sentiments de piété filiale, comme un voleur devient honnête homme par la jouissance possible d’un million, bien dérobé.

Bientôt le jeune homme franchit les hautes et froides salles qui composaient l’appartement de son père.

Après avoir éprouvé les effets d’une atmosphère humide, respiré l’air épais, l’odeur rance qui s’exhalaient de vieilles tapisseries et d’armoires couvertes de poussière,

il se trouva dans la chambre antique du vieillard, devant un lit nauséabond, auprès d’un foyer presque éteint.

Une lampe, posée sur une table de forme gothique, jetait, par intervalles inégaux, des nappes de lumière plus ou moins forte sur le lit, et montrait ainsi la figure du vieillard sous des aspects toujours différents.

Le froid sifflait à travers les fenêtres mal fermées ; et la neige, en fouettant sur les vitraux, produisait un bruit sourd.

Cette scène formait un contraste si heurté avec la scène que don Juan venait d’abandonner, qu’il ne put s’empêcher de tressaillir.

Puis il eut froid quand, en approchant du lit, une assez violente rafale de lueur, poussée par une bouffée de vent, illumina la tête de son père :

les traits en étaient décomposés, la peau collée fortement sur les os avait des teintes verdâtres que la blancheur de l’oreiller, sur lequel le vieillard reposait, rendait encore plus horribles ;

contractée par la douleur, la bouche entrouverte et dénuée de dents laissait passer quelques soupirs dont l’énergie lugubre était soutenue par les hurlements de la tempête.

Malgré ces signes de destruction, il éclatait sur cette tête un caractère incroyable de puissance.

Un esprit supérieur y combattait la mort. Les yeux, creusés par la maladie, gardaient une fixité singulière.

Il semblait que Bartholoméo cherchât à tuer, par son regard de mourant, un ennemi assis au pied de son lit.

Ce regard, fixe et froid, était d’autant plus effrayant, que la tête restait dans une immobilité semblable à celle des crânes posés sur une table chez les médecins.

Le corps entièrement dessiné par les draps du lit annonçait que les membres du vieillard gardaient la même roideur. Tout était mort, moins les yeux.

Les sons qui sortaient de la bouche avaient enfin quelque chose de mécanique.

Don Juan éprouva une certaine honte d’arriver auprès du lit de son père mourant en gardant un bouquet de courtisane dans son sein, en y apportant les parfums d’une fête et les senteurs du vin.

– Tu t’amusais ! s’écria le vieillard en apercevant son fils.

Au même moment, la voix pure et légère d’une cantatrice qui enchantait les convives, fortifiée par les accords de la viole sur laquelle elle s’accompagnait, domina le râle de l’ouragan,

et retentit jusque dans cette chambre funèbre. Don Juan voulut ne rien entendre de cette sauvage affirmation donnée à son père.

Bartholoméo dit : – Je ne t’en veux pas, mon enfant.

Ce mot plein de douceur fit mal à don Juan, qui ne pardonna pas à son père cette poignante bonté.

– Quel remords pour moi, mon père ! lui dit-il hypocritement.

– Pauvre Juanino, reprit le mourant d’une voix sourde, j’ai toujours été si doux pour toi, que tu ne saurais désirer ma mort ?

– Oh ! s’écria don Juan, s’il était possible de vous rendre la vie en donnant une partie de la mienne !

(Ces choses-là peuvent toujours se dire, pensait le dissipateur, c’est comme si j’offrais le monde à ma maîtresse !)

À peine sa pensée était- elle achevée, que le vieux barbet aboya. Cette voix intelligente fit frémir don Juan, il crut avoir été compris par le chien.

– Je savais bien, mon fils, que je pouvais compter sur toi, s’écria le moribond. Je vivrai. Va, tu seras content. Je vivrai, mais sans enlever un seul des jours qui t’appartiennent.

– Il a le délire, se dit don Juan. Puis il ajouta tout haut : – Oui, mon père chéri, vous vivrez, certes, autant que moi, car votre image sera sans cesse dans mon cœur.

– Il ne s’agit pas de cette vie-là, dit le vieux seigneur en rassemblant ses forces pour se dresser sur son séant, car il fut ému par un de ces soupçons qui ne naissent que sous le chevet des mourants.

– Écoute, mon fils, reprit-il d’une voix affaiblie par ce dernier effort, je n’ai pas plus envie de mourir, que tu ne veux te passer de maîtresses, de vin, de chevaux, de faucons, de chiens et d’or.

– Je le crois bien, pensa encore le fils en s’agenouillant au chevet du lit et en baisant une des mains cadavéreuses de Bartholoméo.

– Mais, reprit-il à haute voix, mon père, mon cher père, il faut se soumettre à la volonté de Dieu.

–Dieu, c’est moi, répliqua le vieillard en grommelant.

– Ne blasphémez pas, s’écria le jeune homme en voyant l’air menaçant que prirent les traits de son père.

Gardez-vous-en bien, vous avez reçu l’extrême-onction, et je ne me consolerais pas de vous voir mourir en état de péché.

– Veux-tu m’écouter ! s’écria le mourant dont la bouche grinça.

Don Juan se tut. Un horrible silence régna.

À travers les sifflements lourds de la neige, les accords de la viole et la voix délicieuse arrivèrent encore, faibles comme un jour naissant. Le moribond sourit.

– Je te remercie d’avoir invité des cantatrices, d’avoir amené de la musique ! Une fête, des femmes jeunes et belles, blanches, à cheveux noirs ! tous les plaisirs de la vie, fais-les rester, je vais renaître.

– Le délire est à son comble, dit don Juan. – J’ai découvert un moyen de ressusciter.

Tiens! Cherche dans le tiroir de la table, tu l’ouvriras en pressant un ressort caché par le griffon.

– J’y suis, mon père. – Là, bien, prends un petit flacon de cristal de roche. – Le voici.

– J’ai employé vingt ans à... En ce moment, le vieillard sentit approcher sa fin, et rassembla toute son énergie pour dire:

– Aussitôt que j’aurai rendu le dernier soupir, tu me frotteras tout entier de cette eau, je renaîtrai. – Il y en a bien peu, répliqua le jeune homme.

Si Bartholoméo ne pouvait plus parler, il avait encore la faculté d’entendre et de voir : sur ce mot, sa tête se tourna vers don Juan par un mouvement d’une effrayante brusquerie,

son cou resta tordu comme celui d’une statue de marbre que la pensée du sculpteur a condamnée à regarder de côté, ses yeux agrandis contractèrent une hideuse immobilité.

Il était mort, mort en perdant sa seule, sa dernière illusion. En cherchant un asile dans le cœur de son fils, il y trouvait une tombe plus creuse que les hommes ne la font d’habitude à leurs morts.

Aussi, ses cheveux furent-ils éparpillés par l’horreur, et son regard convulsé parlait-il encore. C’était un père se levant avec rage de son sépulcre pour demander vengeance à Dieu !

– Tiens ! le bonhomme est fini, s’écria don Juan.

Empressé de présenter le mystérieux cristal à la lueur de la lampe, comme un buveur consulte sa bouteille à la fin d’un repas, il n’avait pas vu blanchir l’œil de son père.

Le chien béant contemplait alternativement son maître mort et l’élixir, de même que don Juan regardait tour à tour son père et la fiole.

La lampe jetait des flammes ondoyantes. Le silence était profond, la viole muette. Belvidéro tressaillit en croyant voir son père se remuer.

Intimidé par l’expression roide de ses yeux accusateurs, il les ferma, comme il aurait poussé une persienne battue par le vent pendant une nuit d’automne.

Il se tint debout, immobile, perdu dans un monde de pensées. Tout à coup un bruit aigre, semblable au cri d’un ressort rouillé, rompit ce silence.

Don Juan, surpris, faillit laisser tomber le flacon. Une sueur, plus froide que ne l’est l’acier d’un poignard, sortit de ses pores.

Un coq de bois peint surgit au-dessus d’une horloge et chanta trois fois.

C’était une de ces ingénieuses machines à l’aide desquelles les savants de cette époque se faisaient éveiller à l’heure fixée pour leurs travaux.

L’aube rougissait déjà les croisées. Don Juan avait passé dix heures à réfléchir.

La vieille horloge était plus fidèle à son service qu’il ne l’était dans l’accomplissement de ses devoirs envers Bartholoméo.

Ce mécanisme se composait de bois, de poulies, de cordes, de rouages, tandis que lui avait ce mécanisme particulier à l’homme, et nommé un cœur.

Pour ne plus s’exposer à perdre la mystérieuse liqueur, le sceptique don Juan la replaça dans le tiroir de la petite table gothique.

En ce moment solennel, il entendit dans les galeries un tumulte sourd : c’était des voix confuses, des rires étouffés, des pas légers,

les froissements de la soie, enfin le bruit d’une troupe joyeuse qui tâche de se recueillir.

La porte s’ouvrit, et le prince, les amis de don Juan, les sept courtisanes,

les cantatrices apparurent dans le désordre bizarre où se trouvent des danseuses surprises par les lueurs du matin, quand le soleil lutte avec les feux pâlissants des bougies.

Ils arrivaient tous pour donner au jeune héritier les consolations d’usage.

– Oh ! oh ! le pauvre don Juan aurait-il donc pris cette mort au sérieux, dit le prince à l’oreille de la Brambilla. – Mais son père était un bien bon homme, répondit-elle.

Cependant les méditations nocturnes de don Juan avaient imprimé à ses traits une expression si frappante, qu’elle imposa silence à ce groupe. Les hommes restèrent immobiles.

Les femmes, dont les lèvres étaient séchées par le vin, dont les joues avaient été marbrées par des baisers, s’agenouillèrent et se mirent à prier.

Don Juan ne put s’empêcher de tressaillir en voyant les splendeurs, les joies, les rires, les chants, la jeunesse, la beauté, le pouvoir, toute la vie personnifiée se prosternant ainsi devant la mort.

Mais, dans cette adorable Italie, la débauche et la religion s’accouplaient alors si bien, que la religion y était une débauche et la débauche une religion !

Le prince serra affectueusement la main de don Juan;

puis, toutes les figures ayant formulé simultanément une même grimace mi- partie de tristesse et d’indifférence, cette fantasmagorie disparut, laissant la salle vide. C’était bien une image de la vie !

En descendant les escaliers, le prince dit à la Rivabarella : – Hein! qui aurait cru don Juan un fanfaron d’impiété ? Il aime son père !

–Avez-vous remarqué le chien noir? demanda la Brambilla. – Le voilà immensément riche, repartit en soupirant la Bianca Cavatolino.

– Que m’importe ! s’écria la fière Varonèse, celle qui avait brisé le drageoir. –Comment, que t’importe? s’écria le duc. Avec ses écus il est aussi prince que moi.

D’abord don Juan, balancé par mille pensées, flotta entre plusieurs partis.

Après avoir pris conseil du trésor amassé par son père, il revint, sur le soir, dans la chambre mortuaire, l’âme grosse d’un effroyable égoïsme.

Il trouva dans l’appartement tous les gens de sa maison occupés à rassembler les ornements du lit de parade sur lequel feu monseigneur allait être exposé le lendemain,

au milieu d’une superbe chambre ardente, curieux spectacle que tout Ferrare devait venir admirer. Don Juan fit un signe, et ses gens s’arrêtèrent tous, interdits, tremblants.

– Laissez-moi seul ici, dit-il d’une voix altérée, vous n’y rentrerez qu’au moment où j’en sortirai.

Quand les pas du vieux serviteur qui s’en allait le dernier ne retentirent plus que faiblement sur les dalles, don Juan ferma précipitamment la porte, et, sûr d’être seul, il s’écria : – Essayons !

Le corps de Bartholoméo était couché sur une longue table. Pour dérober à tous les yeux

le hideux spectacle d’un cadavre qu’une extrême décrépitude et la maigreur rendaient semblable à un squelette, les embaumeurs avaient posé sur le corps un drap qui l’enveloppait, moins la tête.

Cette espèce de momie gisait au milieu de la chambre ; et le drap, naturellement souple, en dessinait vaguement les formes, mais aiguës, roides et grêles.

Le visage était déjà marqué de larges taches violettes qui indiquaient la nécessité d’achever l’embaumement.

Malgré le scepticisme dont il était armé, don Juan trembla en débouchant la magique fiole de cristal.

Quand il arriva près de la tête, il fut même contraint d’attendre un moment, tant il frissonnait.

Mais ce jeune homme avait été, de bonne heure, savamment corrompu par les mœurs d’une cour dissolue ;

une réflexion digne du duc d’Urbin vint donc lui donner un courage qu’aiguillonnait un vif sentiment de curiosité,

il semblait même que le démon lui eût soufflé ces mots qui résonnèrent dans son cœur : – Imbibe un œil !

Il prit un linge, et, après l’avoir parcimonieusement mouillé dans la précieuse liqueur, il le passa légèrement sur la paupière droite du cadavre. L’œil s’ouvrit.

– Ah ! ah ! dit don Juan en prenant le flacon dans sa main comme nous serrons en rêvant la branche à laquelle nous sommes suspendus au- dessus d’un précipice.

Il voyait un œil plein de vie, un œil d’enfant dans une tête de mort, la lumière y tremblait au milieu d’un jeune fluide ;

et, protégée par de beaux cils noirs, elle scintillait pareille à ces lueurs uniques que le voyageur aperçoit dans une campagne déserte, par les soirs d’hiver.

Cet œil flamboyant paraissait vouloir s’élancer sur don Juan, et il pensait, accusait, condamnait, menaçait, jugeait, parlait, il criait, il mordait.

Toutes les passions humaines s’y agitaient.

C’était les supplications les plus tendres : une colère de roi, puis l’amour d’une jeune fille demandant grâce à ses bourreaux ;

enfin le regard profond que jette un homme sur les hommes en gravissant la dernière marche de l’échafaud.

Il éclatait tant de vie dans ce fragment de vie, que don Juan épouvanté recula, il se promena par la chambre, sans oser regarder cet œil, qu’il revoyait sur les planchers, sur les tapisseries.

La chambre était parsemée de pointes pleines de feu, de vie, d’intelligence. Partout brillaient des yeux qui aboyaient après lui !

– Il aurait bien revécu cent ans, s’écria-t-il involontairement au moment où, ramené devant son père par une influence diabolique, il contemplait cette étincelle lumineuse.

Tout à coup la paupière intelligente se ferma et se rouvrit brusquement, comme celle d’une femme qui consent. Une voix eût crié : « Oui ! » don Juan n’aurait pas été plus effrayé.

– Que faire ? pensa-t-il. Il eut le courage d’essayer de clore cette paupière blanche. Ses efforts furent inutiles.

– Le crever ? Ce sera peut-être un parricide ? se demanda-t-il. – Oui, dit l’œil par un clignotement d’une étonnante ironie.

–Ha! ha! s’écria don Juan, il y a de la sorcellerie là-dedans. Et il s’approcha de l’œil pour l’écraser. Une grosse larme roula sur les joues creuses du cadavre, et tomba sur la main de Belvidéro.

– Elle est brûlante, s’écria-t-il en s’asseyant. Cette lutte l’avait fatigué comme s’il avait combattu, à l’exemple de Jacob, contre un ange.

Enfin il se leva en se disant : – Pourvu qu’il n’y ait pas de sang !

Puis, rassemblant tout ce qu’il faut de courage pour être lâche, il écrasa l’œil, en le foulant avec un linge, mais sans le regarder.

Un gémissement inattendu, mais terrible, se fit entendre. Le pauvre barbet expirait en hurlant.

– Serait-il dans le secret ? se demanda don Juan en regardant le fidèle animal.

Don Juan Belvidéro passa pour un fils pieux. Il éleva un monument de marbre blanc sur la tombe de son père, et en confia l’exécution des figures aux plus célèbres artistes du temps.

Il ne fut parfaitement tranquille que le jour où la statue paternelle, agenouillée devant la Religion,

imposa son poids énorme sur cette fosse, au fond de laquelle il enterra le seul remords qui ait effleuré son cœur dans les moments de lassitude physique.

En inventoriant les immenses richesses amassées par le vieil orientaliste, don Juan devint avare, n’avait-il pas deux vies humaines à pourvoir d’argent ?

Son regard profondément scrutateur pénétra dans le principe de la vie sociale, et embrassa d’autant mieux le monde qu’il le voyait à travers un tombeau.

Il analysa les hommes et les choses pour en finir d’une seule fois avec le Passé, représenté par l’Histoire ; avec le Présent, configuré par la Loi ; avec l’Avenir, dévoilé par les Religions.

Il prit l’âme et la matière, les jeta dans un creuset, n’y trouva rien, et dès lors il devint DON JUAN !

Maître des illusions de la vie, il s’élança, jeune et beau, dans la vie, méprisant le monde, mais s’emparant du monde.

Son bonheur ne pouvait pas être cette félicité bourgeoise qui se repaît d’un bouilli périodique, d’une douce bassinoire en hiver, d’une lampe pour la nuit et de pantoufles neuves à chaque trimestre.

Non, il se saisit de l’existence comme un singe qui attrape une noix, et sans s’amuser longtemps, il dépouilla savamment les vulgaires enveloppes du fruit pour en discuter la pulpe savoureuse.

La poésie et les sublimes transports de la passion humaine ne lui allèrent plus au cou-de-pied.

Il ne commit point la faute de ces hommes puissants qui, s’imaginant parfois que les petites âmes croient aux grandes,

s’avisent d’échanger les hautes pensées de l’avenir contre la petite monnaie de nos idées viagères.

Il pouvait bien, comme eux, marcher les pieds sur terre et la tête dans les cieux ; mais il aimait mieux s’asseoir, et sécher, sous ses baisers, plus d’une lèvre de femme tendre, fraîche et parfumée ;

car, semblable à la Mort, là où il passait, il dévorait tout sans pudeur, voulant un amour de possession, un amour oriental, aux plaisirs longs et faciles.

N’aimant que la femme dans les femmes, il se fit de l’ironie une allure naturelle à son âme.

Quand ses maîtresses se servaient d’un lit pour monter aux cieux où elles allaient se perdre au sein d’une extase enivrante, don Juan les y suivait, grave, expansif, sincère autant que sait l’être un étudiant allemand.

Mais il disait JE, quand sa maîtresse, folle, éperdue, disait NOUS ! Il savait admirablement bien se laisser entraîner par une femme.

Il était toujours assez fort pour lui faire croire qu’il tremblait comme un jeune lycéen qui dit à sa première danseuse, dans un bal : « Vous aimez la danse ? »

Mais il savait aussi rugir à propos, tirer son épée puissante et briser les commandeurs.

Il y avait de la raillerie dans sa simplicité et du rire dans ses larmes, car il sut toujours pleurer autant qu’une femme, quand elle dit à son mari : « Donne-moi un équipage, ou je meurs de la poitrine. »

Pour les négociants, le monde est un ballot ou une masse de billets en circulation ; pour la plupart des jeunes gens, c’est une femme ; pour quelques femmes, c’est un homme ;

pour certains esprits, c’est un salon, une coterie, un quartier, une ville ; pour don Juan, l’univers était lui

Modèle de grâce et de noblesse, d’un esprit séduisant, il attacha sa barque à tous les rivages ; mais en se faisant conduire, il n’allait que jusqu’où il voulait être mené.

Plus il vit, plus il douta. En examinant les hommes, il devina souvent que le courage était de la témérité;

la prudence, une poltronnerie ; la générosité, finesse ; la justice, un crime ; la délicatesse, une niaiserie ; la probité, une organisation : et, par une singulière fatalité,

il s’aperçut que les gens vraiment probes, délicats, justes, généreux, prudents et courageux, n’obtenaient aucune considération parmi les hommes.

– Quelle froide plaisanterie ! se dit-il. Elle ne vient pas d’un dieu.

Et alors, renonçant à un monde meilleur, il ne se découvrit jamais en entendant prononcer un nom, et considéra les saints de pierre dans les églises comme des œuvres d’art.

Aussi, comprenant le mécanisme des sociétés humaines, ne heurtait-il jamais trop les préjugés,

parce qu’il n’était pas aussi puissant que le bourreau ; mais il tournait les lois sociales avec cette grâce et cet esprit si bien rendus dans sa scène avec monsieur Dimanche.

Il fut en effet le type du Don Juan de Molière, du Faust de Gœthe, du Manfred de Byron et du Melmoth de Maturin.

Grandes images tracées par les plus grands génies de l’Europe, et auxquelles les accords de Mozart ne manqueront pas plus que la lyre de Rossini peut-être !

Images terribles que le principe du mal, existant chez l’homme, éternise, et dont quelques copies se retrouvent de siècle en siècle :

soit que ce type entre en pourparler avec les hommes en s’incarnant dans Mirabeau ; soit qu’il se contente d’agir en silence, comme Bonaparte;

ou de presser l’univers dans une ironie, comme le divin Rabelais ; ou bien encore qu’il se rie des êtres, au lieu d’insulter aux choses, comme le maréchal de Richelieu;

et mieux peut-être, soit qu’il se moque à la fois des hommes et des choses, comme le plus célèbre de nos ambassadeurs.

Mais le génie profond de don Juan Belvidéro résuma, par avance, tous ces génies. Il se joua de tout. Sa vie était une moquerie qui embrassait hommes, choses, institutions, idées.

Quant à l’éternité, il avait causé familièrement une demi-heure avec le pape Jules II, et à la fin de la conversation, il lui dit en riant:

– S’il faut absolument choisir, j’aime mieux croire en Dieu qu’au diable ; la puissance unie à la bonté offre toujours plus de ressource que n’en a le Génie du Mal.

– Oui, mais Dieu veut qu’on fasse pénitence dans ce monde...

– Vous pensez donc toujours à vos indulgences ? répondit Belvidéro. Eh ! bien, j’ai, pour me repentir des fautes de ma première vie, toute une existence en réserve.

– Ah ! si tu comprends ainsi la vieillesse, s’écria le pape, tu risques d’être canonisé. – Après votre élévation à la papauté, l’on peut tout croire.

Et ils allèrent voir les ouvriers occupés à bâtir l’immense basilique consacrée à saint Pierre.

– Saint Pierre est l’homme de génie qui nous a constitué notre double pouvoir, dit le pape à don Juan, il mérite ce monument.

Mais parfois, la nuit, je pense qu’un déluge passera l’éponge sur cela, et ce sera à recommencer...

Don Juan et le pape se prirent à rire, ils s’étaient entendus. Un sot serait allé, le lendemain, s’amuser avec Jules II chez Raphaël ou dans la délicieuse Villa Madama;

mais Belvidéro alla le voir officier pontificalement, afin de se convaincre de ses doutes.

Dans une débauche, La Rovère aurait pu se démentir et commenter l’Apocalypse.

Toutefois cette légende n’est pas entreprise pour fournir des matériaux à ceux qui voudront écrire des mémoires sur la vie de don Juan,

elle est destinée à prouver aux honnêtes gens que Belvidéro n’est pas mort dans son duel avec une pierre, comme veulent le faire croire quelques lithographes.

Lorsque don Juan Belvidéro atteignit l’âge de soixante ans, il vint se fixer en Espagne. Là, sur ses vieux jours, il épousa une jeune et ravissante Andalouse.

Mais, par calcul, il ne fut ni bon père ni bon époux. Il avait observé que nous ne sommes jamais si tendrement aimés que par les femmes auxquelles nous ne songeons guère.

Dona Elvire, saintement élevée par une vieille tante au fond de l’Andalousie, dans un château, à quelques lieues de San-Lucar, était tout dévouement et toute grâce.

Don Juan devina que cette jeune fille serait femme à longtemps combattre une passion avant d’y céder, il espéra donc pouvoir la conserver vertueuse jusqu’à sa mort.

Ce fut une plaisanterie sérieuse, une partie d’échecs qu’il voulut se réserver de jouer pendant ses vieux jours. Fort de toutes les fautes commises par son père Bartholoméo,

don Juan résolut de faire servir les moindres actions de sa vieillesse à la réussite du drame qui devait s’accomplir sur son lit de mort.

Ainsi la plus grande partie de ses richesses resta enfouie dans les caves de son palais à Ferrare, où il allait rarement.

Quant à l’autre moitié de sa fortune, elle fut placée en viager, afin d’intéresser à la durée de sa vie et sa femme et ses enfants, espèce de rouerie que son père aurait dû pratiquer ;

mais cette spéculation de machiavélisme ne lui fut pas très nécessaire.

Le jeune Philippe Belvidéro, son fils, devint un Espagnol aussi consciencieusement religieux que son père était impie, en vertu peut- être du proverbe : à père avare, enfant prodigue.

L’abbé de San-Lucar fut choisi par don Juan pour diriger les consciences de la duchesse de Belvidéro et de Philippe.

Cet ecclésiastique était un saint homme, de belle taille, admirablement bien proportionné, ayant de beaux yeux noirs,

une tête à la Tibère, fatiguée par les jeûnes, blanche de macérations, et journellement tenté comme le sont tous les solitaires.

Le vieux seigneur espérait peut-être pouvoir encore tuer un moine avant de finir son premier bail de vie.

Mais, soit que l’abbé fût aussi fort que don Juan pouvait l’être lui-même, soit que dona Elvire eût plus de prudence ou de vertu que l’Espagne n’en accorde aux femmes,

don Juan fut contraint de passer ses derniers jours comme un vieux curé de campagne, sans scandale chez lui.

Parfois il prenait plaisir à trouver son fils ou sa femme en faute sur leurs devoirs de religion, et voulait impérieusement qu’ils exécutassent toutes les obligations imposées aux fidèles par la cour de Rome.

Enfin il n’était jamais si heureux qu’en entendant le galant abbé de San-Lucar, dona Elvire et Philippe occupés à discuter un cas de conscience.

Cependant, malgré les soins prodigieux que le seigneur don Juan Belvidéro donnait à sa personne, les jours de la décrépitude arrivèrent ;

avec cet âge de douleur, vinrent les cris de l’impuissance, cris d’autant plus déchirants, que plus riches étaient les souvenirs de sa bouillante jeunesse et de sa voluptueuse maturité.

Cet homme, en qui le dernier degré de la raillerie était d’engager les autres à croire aux lois et aux principes dont il se moquait, s’endormait le soir sur un peut-être !

Ce modèle du bon ton, ce duc, vigoureux dans une orgie, superbe dans les cours,

gracieux auprès des femmes dont les cœurs avaient été tordus par lui comme un paysan tord un lien d’osier,

cet homme de génie avait une pituite opiniâtre, une sciatique importune, une goutte brutale.

Il voyait ses dents le quittant comme à la fin d’une soirée, les dames les plus blanches, les mieux parées, s’en vont, une à une, laissant le salon désert et démeublé.

Enfin ses mains hardies tremblèrent, ses jambes sveltes chancelèrent, et un soir l’apoplexie lui pressa le cou de ses mains crochues et glaciales.

Depuis ce jour fatal, il devint morose et dur. Il accusait le dévouement de son fils et de sa femme,

en prétendant parfois que leurs soins touchants et délicats ne lui étaient si tendrement prodigués que parce qu’il avait placé toute sa fortune en rentes viagères.

Elvire et Philippe versaient alors des larmes amères et redoublaient de caresses auprès du malicieux vieillard, dont la voix cassée devenait affectueuse pour leur dire :

– « Mes amis, ma chère femme, vous me pardonnez, n’est-ce pas? Je vous tourmente un peu. Hélas ! grand Dieu ! comment te sers-tu de moi pour éprouver ces deux célestes créatures ?

Moi, qui devrais être leur joie, je suis leur fléau. » Ce fut ainsi qu’il les enchaîna au chevet de son lit,

leur faisant oublier des mois entiers d’impatience et de cruauté par une heure où, pour eux, il déployait les trésors toujours nouveaux de sa grâce et d’une fausse tendresse.

Système paternel qui lui réussit infiniment mieux que celui dont avait usé jadis son père envers lui.

Enfin, il parvint à un tel degré de maladie que, pour le mettre au lit, il fallait le manœuvrer comme une felouque entrant dans un chenal dangereux.

Puis le jour de la mort arriva. Ce brillant et sceptique personnage, dont l’entendement survivait seul à la plus affreuse de toutes les destructions,

se vit entre un médecin et un confesseur, ses deux antipathies. Mais il fut jovial avec eux.

N’y avait-il pas, pour lui, une lumière scintillante derrière le voile de l’avenir ?

Sur cette toile, de plomb pour les autres et diaphane pour lui, les légères, les ravissantes délices de la jeunesse se jouaient comme des ombres.

Ce fut par une belle soirée d’été que don Juan sentit les approches de la mort.

Le ciel de l’Espagne était d’une admirable pureté, les orangers parfumaient l’air, les étoiles distillaient de vives et fraîches lumières, la nature semblait lui donner des gages certains de sa résurrection,

un fils pieux et obéissant le contemplait avec amour et respect. Vers onze heures, il voulut rester seul avec cet être candide.

– Philippe, lui dit-il d’une voix si tendre et si affectueuse que le jeune homme tressaillit et pleura de bonheur. Jamais ce père inflexible n’avait prononcé ainsi : Philippe !

– Écoute-moi, mon fils, reprit le moribond. Je suis un grand pécheur. Aussi ai-je pensé, pendant toute ma vie, à ma mort. Jadis je fus l’ami du grand pape Jules II.

Cet illustre pontife craignit que l’excessive irritation de mes sens ne me fit commettre quelque péché mortel entre le moment où j’expirerais et celui où j’aurais reçu les saintes huiles ;

il me fit présent d’une fiole dans laquelle existe l’eau sainte jaillie autrefois des rochers, dans le désert.

J’ai gardé le secret sur cette dilapidation du trésor de l’Église, mais je suis autorisé à révéler ce mystère à mon fils, in articulo mortis.

Vous trouverez cette fiole dans le tiroir de cette table gothique qui n’a jamais quitté le chevet de mon lit...

Le précieux cristal pourra vous servir encore, mon bien-aimé Philippe. Jurez-moi, par votre salut éternel, d’exécuter ponctuellement mes ordres ?

Philippe regarda son père. Don Juan se connaissait trop à l’expression des sentiments humains pour ne pas mourir en paix sur la foi d’un tel regard,

comme son père était mort au désespoir sur la foi du sien. – Tu méritais un autre père, reprit don Juan.

J’ose t’avouer, mon enfant, qu’au moment où le respectable abbé de San-Lucar m’administrait le viatique, je pensais à l’incompatibilité de deux puissances aussi étendues que celles du diable et de Dieu...

– Oh ! mon père ! – Et je me disais que, quand Satan fera sa paix, il devra, sous peine d’être un grand misérable, stipuler le pardon de ses adhérents.

Cette pensée me poursuit. J’irais donc en enfer, mon fils, si tu n’accomplissais pas mes volontés. – Oh ! dites-les-moi promptement, mon père !

– Aussitôt que j’aurai fermé les yeux, reprit don Juan, dans quelques minutes peut-être, tu prendras mon corps, tout chaud même, et tu l’étendras sur une table au milieu de cette chambre.

Puis tu éteindras cette lampe ; la lueur des étoiles doit te suffire. Tu me dépouilleras de mes vêtements ;

et pendant que tu réciteras des Pater et des Ave en élevant ton âme à Dieu, tu auras soin d’humecter, vec cette eau sainte, mes yeux, mes lèvres, toute la tête d’abord,

puis successivement les membres et le corps ; mais, mon cher fils, la puissance de Dieu est si grande, qu’il ne faudra t’étonner de rien !

Ici, don Juan, qui sentit la mort venir, ajouta d’une voix terrible : – Tiens bien le flacon.

Puis il expira doucement dans les bras d’un fils dont les larmes abondantes coulèrent sur sa face ironique et blême.

Il était environ minuit quand don Philippe Belvidéro plaça le cadavre de son père sur la table. Après en avoir baisé le front menaçant et les cheveux gris, il éteignit la lampe.

La lueur douce, produite par la clarté de la lune, dont les reflets bizarres illuminaient la campagne, permit au pieux Philippe d’entrevoir indistinctement le corps de son père,

comme quelque chose de blanc au milieu de l’ombre.

Le jeune homme imbiba un linge dans la liqueur, et, plongé dans la prière, il oignit fidèlement cette tête sacrée au milieu d’un profond silence.

Il entendait bien des frémissements indescriptibles, mais il les attribuait aux jeux de la brise dans les cimes des arbres.

Quand il eut mouillé le bras droit, il se sentit fortement étreindre le cou par un bras jeune et vigoureux, le bras de son père !

Il jeta un cri déchirant, et laissa tomber la fiole, qui se cassa.

La liqueur s’évapora. Les gens du château accoururent, armés de flambeaux.

Ce cri les avait épouvantés et surpris, comme si la trompette du jugement dernier eût ébranlé l’univers.

En un moment, la chambre fut pleine de monde. La foule tremblante aperçut don Philippe évanoui, mais retenu par le bras puissant de son père, qui lui serrait le cou.

Puis, chose surnaturelle, l’assistance vit la tête de don Juan, aussi jeune, aussi belle que celle de l’Antinoüs ;

une tête aux cheveux noirs, aux yeux brillants, à la bouche vermeille et qui s’agitait effroyablement sans pouvoir remuer le squelette auquel elle appartenait.

Un vieux serviteur cria : – Miracle ! et tous ces Espagnols répétèrent: – Miracle!

Trop pieuse pour admettre les mystères de la magie, dona Elvire envoya chercher l’abbé de San-Lucar.

Lorsque le prieur contempla de ses yeux le miracle, il résolut d’en profiter en homme d’esprit et en abbé qui ne demandait pas mieux que d’augmenter ses revenus.

Déclarant aussitôt que le seigneur don Juan serait infailliblement canonisé, il indiqua la cérémonie de l’apothéose dans son couvent,

qui désormais s’appellerait, dit-il, San-Juan-de-Lucar. À ces mots, la tête fit une grimace assez facétieuse.

Le goût des Espagnols pour ces sortes de solennités est si connu,

qu’il ne doit pas être difficile de croire aux féeries religieuses par lesquelles l’abbaye de San-Lucar célébra la translation du bienheureux don Juan Belvidéro dans son église.

Quelques jours après la mort de cet illustre seigneur, le miracle de son imparfaite résurrection s’était si drûment conté de village en village, dans un rayon de plus de cinquante lieues autour de Saint-Lucar,

que ce fut déjà une comédie que de voir les curieux par les chemins ; ils vinrent de tous côtés, affriandés par un Te Deum chanté aux flambeaux.

L’antique mosquée du couvent de San-Lucar, merveilleux édifice bâti par les Maures,

et dont les voûtes entendaient depuis trois siècles le nom de Jésus-Christ substitué à celui d’Allah, ne put contenir la foule accourue pour voir la cérémonie.

Pressés comme des fourmis, des hidalgos en manteaux de velours, et armés de leurs bonnes épées, se tenaient debout autour des piliers, sans trouver de place pour plier leurs genoux qui ne se pliaient que là.

De ravissantes paysannes, dont les basquines dessinaient les formes amoureuses, donnaient le bras à des vieillards en cheveux blancs.

Des jeunes gens aux yeux de feu se trouvaient à côté de vieilles femmes parées.

Puis c’était des couples frémissant d’aise, fiancées curieuses amenées par leurs bien-aimés ; des mariés de la veille ; des enfants se tenant craintifs par la main.

Ce monde était là riche de couleurs, brillant de contrastes, chargé de fleurs, émaillé, faisant un doux tumulte dans le silence de la nuit. Les larges portes de l’église s’ouvrirent.

Ceux qui, venus trop tard, restèrent en dehors, voyaient de loin, par les trois portails ouverts, une scène dont les décorations vaporeuses de nos opéras modernes ne sauraient donner qu’une faible idée.

Des dévotes et des pécheurs, pressés de gagner les bonnes grâces d’un nouveau saint,

allumèrent en son honneur des milliers de cierges dans cette vaste église, lueurs intéressées qui donnèrent de magiques aspects au monument.

Les noires arcades, les colonnes et leurs chapiteaux, les chapelles profondes et brillantes d’or et d’argent, les galeries, les découpures sarrasines,

les traits les plus délicats de cette sculpture délicate, se dessinaient dans cette lumière surabondante, comme des figures capricieuses qui se forment dans un brasier rouge.

C’était un océan de feu, dominé, au fond de l’église, par le chœur doré où s’élevait le maître-autel, dont la gloire eût rivalisé avec celle d’un soleil levant.

En effet, la splendeur des lampes d’or, des candélabres d’argent, des bannières, des glands, des saints et des ex-voto, pâlissait devant la châsse où se trouvait don Juan.

Le corps de l’impie étincelait de pierreries, de fleurs, de cristaux, de diamants, d’or, de plumes aussi blanches que les ailes d’un séraphin, et remplaçait sur l’autel un tableau du Christ.

Autour de lui brillaient des cierges nombreux qui élançaient dans les airs de flamboyantes ondes.

Le bon abbé de San-Lucar, paré des habits pontificaux, ayant sa mitre enrichie de pierres précieuses, son rochet, sa crosse d’or, siégeait, roi du chœur, sur un fauteuil d’un luxe impérial, au milieu de tout son clergé,

composé d’impassibles vieillards en cheveux argentés, revêtus d’aubes fines, et qui l’entouraient,

semblables aux saints confesseurs que les peintres groupent autour de l’Éternel.

Le grand-chantre et les dignitaires du chapitre, décorés des brillants insignes de leurs vanités ecclésiastiques,

allaient et venaient au sein des nuages formés par l’encens, pareils aux astres qui roulent sur le firmament.

Quand l’heure du triomphe fut venue, les cloches réveillèrent les échos de la campagne, et cette immense assemblée jeta vers Dieu le premier cri de louanges par lequel commence le Te Deum.

Cri sublime ! C’était des voix pures et légères, des voix de femmes en extase, mêlées aux voix graves et fortes des hommes,

des milliers de voix si puissantes, que l’orgue n’en domina pas l’ensemble, malgré le mugissement de ses tuyaux.

Seulement les notes perçantes de la jeune voix des enfants de chœur et les larges accents de quelques basses-tailles,

suscitèrent des idées gracieuses, peignirent l’enfance et la force, dans ce ravissant concert de voix humaines confondues en sentiment d’amour.

– Te Deum laudamus !

Du sein de cette cathédrale noire de femmes et d’hommes agenouillés, ce chant partit semblable à une lumière qui scintille tout à coup dans la nuit, et le silence fut rompu comme par un coup de tonnerre.

Les voix montèrent avec les nuages d’encens qui jetaient alors des voiles diaphanes et bleuâtres sur les fantastiques merveilles de l’architecture. Tout était richesse, parfum, lumière et mélodie.

Au moment où cette musique d’amour et de reconnaissance s’élança vers l’autel, don Juan, trop poli pour ne pas remercier,

trop spirituel pour ne pas entendre raillerie, répondit par un rire effrayant, et se prélassa dans sa châsse.

Mais le diable l’ayant fait penser à la chance qu’il courait d’être pris pour un homme ordinaire, pour un saint, un Boniface, un Pantaléon,

il troubla cette mélodie d’amour par un hurlement auquel se joignirent les mille voix de l’enfer. La terre bénissait, le ciel maudissait. L’église en trembla sur ses fondements antiques.

– Te Deum laudamus ! disait l’assemblée.

– Allez à tous les diables, bêtes brutes que vous êtes! Dieu, Dieu! Carajos demonios, animaux, êtes-vous stupides avec votre Dieu- vieillard !

Et un torrent d’imprécations se déroula comme un ruisseau de laves brûlantes par une irruption de Vésuve.

–Deus sabaoth, sabaoth! crièrent les chrétiens. – Vous insultez la majesté de l’enfer ! répondit don Juan dont la bouche grinçait des dents.

Bientôt le bras vivant put passer par-dessus la châsse, et menaça l’assemblée par des gestes empreints de désespoir et d’ironie.

–Le saint nous bénit, dirent les vieilles femmes, les enfants et les fiancés, gens crédules.

Voilà comment nous sommes souvent trompés dans nos adorations. L’homme supérieur se moque de ceux qui le complimentent, et complimente quelquefois ceux dont il se moque au fond du cœur.

Au moment où l’abbé, prosterné devant l’autel, chantait: – Sancte Johannes, ora pro nobis! il entendit assez distinctement: – O coglione.

– Que se passe-t-il donc là-haut ? s’écria le sous-prieur en voyant la châsse remuer. – Le saint fait le diable, répondit l’abbé.

Alors cette tête vivante se détacha violemment du corps qui ne vivait plus et tomba sur le crâne jaune de l’officiant.

– Souviens-toi de dona Elvire, cria la tête en dévorant celle de l’abbé. Ce dernier jeta un cri affreux qui troubla la cérémonie. Tous les prêtres accoururent et entourèrent leur souverain.

– Imbécile, dis donc qu’il y a un Dieu ? cria la voix au moment où l’abbé, mordu dans sa cervelle, allait expirer.

Paris, octobre 1830.

At the very outset of the writer's literary career, a friend, long since dead, gave him the subject of this Study. Later on he found the same story in a collection published about the beginning of the present century.

To the best of his belief, it is some stray fancy of the brain of Hoffmann of Berlin; probably it appeared in some German almanac, and was omitted in the published editions of his collected works.

The Comedie Humaine is sufficiently rich in original creations for the author to own to this innocent piece of plagiarism;

when, like the worthy La Fontaine, he has told unwittingly, and after his own fashion, a tale already related by another.

This is not one of the hoaxes in vogue in the year 1830, when every author wrote his "tale of horror" for the amusement of young ladies.

When you have read the account of Don Juan's decorous parricide, try to picture to yourself the part which would be played under very similar circumstances by honest folk who,

in this nineteenth century, will take a man's money and undertake to pay him a life annuity on the faith of a chill, or let a house to an ancient lady for the term of her natural life!

Would they be for resuscitating their clients?

I should dearly like a connoisseur in consciences to consider how far there is a resemblance between a Don Juan and fathers who marry their children to great expectations.

Does humanity, which, according to certain philosophers, is making progress, look on the art of waiting for dead men's shoes as a step in the right direction?

To this art we owe several honorable professions, which open up ways of living on death.

There are people who rely entirely on an expected demise; who brood over it, crouching each morning upon a corpse,

that serves again for their pillow at night. To this class belong bishops' coadjutors, cardinals' supernumeraries, tontiniers, and the like.

Add to the list many delicately scrupulous persons eager to buy landed property beyond their means, who calculate with dry logic and in cold blood the probable duration of the life of a father or of a step-mother,

some old man or woman of eighty or ninety, saying to themselves, "I shall be sure to come in for it in three years' time, and then——" A murderer is less loathsome to us than a spy.

The murderer may have acted on a sudden mad impulse; he may be penitent and amend;

but a spy is always a spy, night and day, in bed, at table, as he walks abroad; his vileness pervades every moment of his life. Then what must it be to live when every moment of your life is tainted with murder?

And have we not just admitted that a host of human creatures in our midst are led by our laws, customs, and usages to dwell without ceasing on a fellow-creature's death?

There are men who put the weight of a coffin into their deliberations as they bargain for Cashmere shawls for their wives, as they go up the staircase of a theatre,

or think of going to the Bouffons, or of setting up a carriage;

who are murderers in thought when dear ones, with the irresistible charm of innocence, hold up childish foreheads to be kissed with a "Good-night, father!"

Hourly they meet the gaze of eyes that they would fain close for ever, eyes that still open each morning to the light, like Belvidero's in this Study.

God alone knows the number of those who are parricides in thought.

Picture to yourself the state of mind of a man who must pay a life annuity to some old woman whom he scarcely knows; both live in the country with a brook between them,

both sides are free to hate cordially, without offending against the social conventions that require two brothers to wear a mask if the older will succeed to the entail, and the other to the fortune of a younger son.

The whole civilization of Europe turns upon the principle of hereditary succession as upon a pivot; it would be madness to subvert the principle;

but could we not, in an age that prides itself upon its mechanical inventions, perfect this essential portion of the social machinery?

If the author has preserved the old-fashioned style of address To the Reader before a work wherein he endeavors to represent all literary forms,

it is for the purpose of making a remark that applies to several of the Studies, and very specially to this.

Every one of his compositions has been based upon ideas more or less novel, which, as it seemed to him, needed literary expression;

he can claim priority for certain forms and for certain ideas which have since passed into the domain of literature, and have there, in some instances, become common property;

so that the date of the first publication of each Study cannot be a matter of indifference to those of his readers who would fain do him justice.

Reading brings us unknown friends, and what friend is like a reader? We have friends in our own circle who read nothing of ours. The author hopes to pay his debt, by dedicating this work Diis ignotis.

One winter evening, in a princely palace at Ferrara, Don Juan Belvidero was giving a banquet to a prince of the house of Este.

A banquet in those times was a marvelous spectacle which only royal wealth or the power of a mightly lord could furnish forth.

Seated about a table lit up with perfumed tapers, seven laughter-loving women were interchanging sweet talk.

The white marble of the noble works of art about them stood out against the red stucco walls, and made strong contrasts with the rich Turkey carpets.

Clad in satin, glittering with gold, and covered with gems less brilliant than their eyes, each told a tale of energetic passions as diverse as their styles of beauty.

They differed neither in their ideas nor in their language;

but the expression of their eyes, their glances, occasional gestures, or the tones of their voices supplied a commentary, dissolute, wanton, melancholy, or satirical, to their words.

One seemed to be saying—"The frozen heart of age might kindle at my beauty."

Another—"I love to lounge upon cushions, and think with rapture of my adorers."

A third, a neophyte at these banquets, was inclined to blush. "I feel remorse in the depths of my heart! I am a Catholic, and afraid of hell. But I love you, I love you so that I can sacrifice my hereafter to you."

The fourth drained a cup of Chian wine. "Give me a joyous life!" she cried; "I begin life afresh each day with the dawn.

Forgetful of the past, with the intoxication of yesterday's rapture still upon me, I drink deep of life—a whole lifetime of pleasure and of love!"

The woman who sat next to Juan Belvidero looked at him with a feverish glitter in her eyes. She was silent.

Then—"I should need no hired bravo to kill my lover if he forsook me!" she cried at last, and laughed, but the marvelously wrought gold comfit box in her fingers was crushed by her convulsive clutch.

"When are you to be Grand Duke?" asked the sixth. There was the frenzy of a Bacchante in her eyes, and her teeth gleamed between the lips parted with a smile of cruel glee.

"Yes, when is that father of yours going to die?" asked the seventh, throwing her bouquet at Don Juan with bewitching playfulness.

It was a childish girl who spoke, and the speaker was wont to make sport of sacred things.

"Oh! don't talk about it," cried Don Juan, the young and handsome giver of the banquet. "There is but one eternal father, and, as ill luck will have it, he is mine."

The seven Ferrarese, Don Juan's friends, the Prince himself, gave a cry of horror. Two hundred years later, in the days of Louis XV., people of taste would have laughed at this witticism.

Or was it, perhaps, that at the outset of an orgy there is a certain unwonted lucidity of mind?

Despite the taper light, the clamor of the senses, the gleam of gold and silver, the fumes of wine, and the exquisite beauty of the women,

there may perhaps have been in the depths of the revelers' hearts some struggling glimmer of reverence for things divine and human, until it was drowned in glowing floods of wine!

Yet even then the flowers had been crushed, eyes were growing dull, and drunkenness, in Rabelais' phrase, had "taken possession of them down to their sandals."

During that brief pause a door opened;

and as once the Divine presence was revealed at Belshazzar's feast, so now it seemed to be manifest in the apparition of an old white-haired servant,

who tottered in, and looked sadly from under knitted brows at the revelers.

He gave a withering glance at the garlands, the golden cups, the pyramids of fruit, the dazzling lights of the banquet, the flushed scared faces, the hues of the cushions pressed by the white arms of the women.

"My lord, your father is dying!" he said; and at those solemn words, uttered in hollow tones, a veil of crape seemed to be drawn over the wild mirth.

Don Juan rose to his feet with a gesture to his guests that might be rendered by, "Excuse me; this kind of thing does not happen every day."

Does it so seldom happen that a father's death surprises youth in the full-blown splendor of life, in the midst of the mad riot of an orgy?

Death is as unexpected in his caprice as a courtesan in her disdain; but death is truer—Death has never forsaken any man.

Don Juan closed the door of the banqueting-hall; and as he went down the long gallery, through the cold and darkness, he strove to assume an expression in keeping with the part he had to play;

he had thrown off his mirthful mood, as he had thrown down his table napkin, at the first thought of this role. The night was dark.

The mute servitor, his guide to the chamber where the dying man lay, lighted the way so dimly that Death, aided by cold, silence, and darkness,

and it may be by a reaction of drunkenness, could send some sober thoughts through the spendthrift's soul. He examined his life, and became thoughtful, like a man involved in a lawsuit on his way to the Court.

Bartolommeo Belvidero, Don Juan's father, was an old man of ninety, who had devoted the greatest part of his life to business pursuits.

He had acquired vast wealth in many a journey to magical Eastern lands,

and knowledge, so it was said, more valuable than the gold and diamonds, which had almost ceased to have any value for him.

"I would give more to have a tooth in my head than for a ruby," he would say at times with a smile.

The indulgent father loved to hear Don Juan's story of this and that wild freak of youth. "So long as these follies amuse you, dear boy——" he would say laughingly, as he lavished money on his son.

Age never took such pleasure in the sight of youth; the fond father did not remember his own decaying powers while he looked on that brilliant young life.

Bartolommeo Belvidero, at the age of sixty, had fallen in love with an angel of peace and beauty. Don Juan had been the sole fruit of this late and short-lived love.

For fifteen years the widower had mourned the loss of his beloved Juana; and to this sorrow of age, his son and his numerous household had attributed the strange habits that he had contracted.

He had shut himself up in the least comfortable wing of his palace, and very seldom left his apartments; even Don Juan himself must first ask permission before seeing his father.

If this hermit, unbound by vows, came or went in his palace or in the streets of Ferrara,

he walked as if he were in a dream, wholly engrossed, like a man at strife with a memory, or a wrestler with some thought.

The young Don Juan might give princely banquets, the palace might echo with clamorous mirth,

horses pawed the ground in the courtyards, pages quarreled and flung dice upon the stairs, but Bartolommeo ate his seven ounces of bread daily and drank water.

A fowl was occasionally dressed for him, simply that the black poodle, his faithful companion, might have the bones. Bartolommeo never complained of the noise.

If the huntsmen's horns and baying dogs disturbed his sleep during his illness, he only said, "Ah! Don Juan has come back again."

Never on earth has there been a father so little exacting and so indulgent; and, in consequence, young Belvidero, accustomed to treat his father unceremoniously, had all the faults of a spoiled child.

He treated old Bartolommeo as a wilful courtesan treats an elderly adorer; buying indemnity for insolence with a smile, selling good-humor, submitting to be loved.

Don Juan, beholding scene after scene of his younger years, saw that it would be a difficult task to find his father's indulgence at fault.

Some new-born remorse stirred the depths of his heart; he felt almost ready to forgive this father now about to die for having lived so long.

He had an accession of filial piety, like a thief's return in thought to honesty at the prospect of a million adroitly stolen.

Before long Don Juan had crossed the lofty, chilly suite of rooms in which his father lived;

the penetrating influences of the damp close air, the mustiness diffused by old tapestries and presses thickly covered with dust had passed into him,

and now he stood in the old man's antiquated room, in the repulsive presence of the deathbed, beside a dying fire.

A flickering lamp on a Gothic table sent broad uncertain shafts of light, fainter or brighter, across the bed, so that the dying man's face seemed to wear a different look at every moment.

The bitter wind whistled through the crannies of the ill-fitting casements; there was a smothered sound of snow lashing the windows.

The harsh contrast of these sights and sounds with the scenes which Don Juan had just quitted was so sudden that he could not help shuddering.

He turned cold as he came towards the bed; the lamp flared in a sudden vehement gust of wind and lighted up his father's face;

the features were wasted and distorted; the skin that cleaved to their bony outlines had taken wan livid hues, all the more ghastly by force of contrast with the white pillows on which he lay.

The muscles about the toothless mouth had contracted with pain and drawn apart the lips; the moans that issued between them with appalling energy found an accompaniment in the howling of the storm without.

In spite of every sign of coming dissolution, the most striking thing about the dying face was its incredible power.

It was no ordinary spirit that wrestled there with Death. The eyes glared with strange fixity of gaze from the cavernous sockets hollowed by disease.

It seemed as if Bartolommeo sought to kill some enemy sitting at the foot of his bed by the intent gaze of dying eyes.

That steady remorseless look was the more appalling because the head that lay upon the pillow was passive and motionless as a skull upon a doctor's table.

The outlines of the body, revealed by the coverlet, were no less rigid and stiff; he lay there as one dead, save for those eyes.

There was something automatic about the moaning sounds that came from the mouth.

Don Juan felt something like shame that he must be brought thus to his father's bedside, wearing a courtesan's bouquet, redolent of the fragrance of the banqueting-chamber and the fumes of wine.

"You were enjoying yourself!" the old man cried as he saw his son.

Even as he spoke the pure high notes of a woman's voice, sustained by the sound of the viol on which she accompanied her song, rose above the rattle of the storm against the casements,

and floated up to the chamber of death. Don Juan stopped his ears against the barbarous answer to his father's speech.

"I bear you no grudge, my child," Bartolommeo went on.

The words were full of kindness, but they hurt Don Juan; he could not pardon this heart- searching goodness on his father's part.

"What a remorseful memory for me!" he cried, hypocritically.

"Poor Juanino," the dying man went on, in a smothered voice, "I have always been so kind to you, that you could not surely desire my death?"

"Oh, if it were only possible to keep you here by giving up a part of my own life!" cried Don Juan.

("We can always say this sort of thing," the spendthrift thought; "it is as if I laid the whole world at my mistress' feet.")

The thought had scarcely crossed his mind when the old poodle barked. Don Juan shivered; the response was so intelligent that he fancied the dog must have understood him.

"I was sure that I could count upon you, my son!" cried the dying man. "I shall live. So be it; you shall be satisfied. I shall live, but without depriving you of a single day of your life."

"He is raving," thought Don Juan. Aloud he added, "Yes, dearest father, yes; you shall live, of course, as long as I live, for your image will be for ever in my heart."

"It is not that kind of life that I mean," said the old noble, summoning all his strength to sit up in bed; for a thrill of doubt ran through him, one of those suspicions that come into being under a dying man's pillow.

"Listen, my son," he went on, in a voice grown weak with that last effort, "I have no more wish to give up life than you to give up wine and mistresses, horses and hounds, and hawks and gold——"

"I can well believe it," thought the son; and he knelt down by the bed and kissed Bartolommeo's cold hands.

"But, father, my dear father," he added aloud, "we must submit to the will of God."

"I am God!" muttered the dying man.

"Do not blaspheme!" cried the other, as he saw the menacing expression on his father's face.

"Beware what you say; you have received extreme unction, and I should be inconsolable if you were to die before my eyes in mortal sin."

"Will you listen to me?" cried Bartolommeo, and his mouth twitched.

Don Juan held his peace; an ugly silence prevailed.

Yet above the muffled sound of the beating of the snow against the windows rose the sounds of the beautiful voice and the viol in unison, far off and faint as the dawn. The dying man smiled.

"Thank you," he said, "for bringing those singing voices and the music, a banquet, young and lovely women with fair faces and dark tresses, all the pleasure of life! Bid them wait for me; for I am about to begin life anew."

"The delirium is at its height," said Don Juan to himself. "I have found out a way of coming to life again," the speaker went on.

"There, just look in that table drawer, press the spring hidden by the griffin, and it will fly open."

"I have found it, father." "Well, then, now take out a little phial of rock crystal." "I have it."

"I have spent twenty years in——" but even as he spoke the old man felt how very near the end had come, and summoned all his dying strength to say,

"As soon as the breath is out of me, rub me all over with that liquid, and I shall come to life again." "There is very little of it," his son remarked.

Though Bartolommeo could no longer speak, he could still hear and see. When those words dropped from Don Juan, his head turned with appalling quickness,

his neck was twisted like the throat of some marble statue which the sculptor had condemned to remain stretched out for ever, the wide eyes had come to have a ghastly fixity.

He was dead, and in death he lost his last and sole illusion. He had sought a shelter in his son's heart, and it had proved to be a sepulchre, a pit deeper than men dig for their dead.

The hair on his head had risen and stiffened with horror, his agonized glance still spoke. He was a father rising in just anger from his tomb, to demand vengeance at the throne of God.

"There! it is all over with the old man!" cried Don Juan.

He had been so interested in holding the mysterious phial to the lamp, as a drinker holds up the wine-bottle at the end of a meal, that he had not seen his father's eyes fade.

The cowering poodle looked from his master to the elixir, just as Don Juan himself glanced again and again from his father to the flask.

The lamplight flickered. There was a deep silence; the viol was mute. Juan Belvidero thought that he saw his father stir, and trembled.

The changeless gaze of those accusing eyes frightened him; he closed them hastily, as he would have closed a loose shutter swayed by the wind of an autumn night.

He stood there motionless, lost in a world of thought. Suddenly the silence was broken by a shrill sound like the creaking of a rusty spring.

It startled Don Juan; he all but dropped the phial. A sweat, colder than the blade of a dagger, issued through every pore.

It was only a piece of clockwork, a wooden cock that sprang out and crowed three times,

an ingenious contrivance by which the learned of that epoch were wont to be awakened at the appointed hour to begin the labors of the day.

Through the windows there came already a flush of dawn.

The thing, composed of wood, and cords, and wheels, and pulleys, was more faithful in its service than he in his duty to Bartolommeo

—he, a man with that peculiar piece of human mechanism within him that we call a heart.

Don Juan the sceptic shut the flask again in the secret drawer in the Gothic table—he meant to run no more risks of losing the mysterious liquid.

Even at that solemn moment he heard the murmur of a crowd in the gallery, a confused sound of voices, of stifled laughter and light footfalls,

and the rustling of silks—the sounds of a band of revelers struggling for gravity.

The door opened, and in came the Prince and Don Juan's friends,

the seven courtesans, and the singers, disheveled and wild like dancers surprised by the dawn, when the tapers that have burned through the night struggle with the sunlight.

They had come to offer the customary condolence to the young heir.

Oho! is poor Don Juan really taking this seriously?" said the Prince in Brambilla's ear. "Well, his father was very good," she returned.

But Don Juan's night-thoughts had left such unmistakable traces on his features, that the crew was awed into silence. The men stood motionless.

The women, with wine-parched lips and cheeks marbled with kisses, knelt down and began a prayer.

Don Juan could scarce help trembling when he saw splendor and mirth and laughter and song and youth and beauty and power bowed in reverence before Death.

But in those times, in that adorable Italy of the sixteenth century, religion and revelry went hand in hand; and religious excess became a sort of debauch, and a debauch a religious rite!

The Prince grasped Don Juan's hand affectionately,

then when all faces had simultaneously put on the same grimace—half-gloomy, half-indifferent—the whole masque disappeared, and left the chamber of death empty. It was like an allegory of life.

As they went down the staircase, the Prince spoke to Rivabarella: "Now, who would have taken Don Juan's impiety for a boast? He loves his father."

"Did you see that black dog?" asked La Brambilla. "He is enormously rich now," sighed Bianca Cavatolino.

"What is that to me?" cried the proud Veronese (she who had crushed the comfit-box). "What does it matter to you, forsooth?" cried the Duke. "With his money he is as much a prince as I am."

At first Don Juan was swayed hither and thither by countless thoughts, and wavered between two decisions.

He took counsel with the gold heaped up by his father, and returned in the evening to the chamber of death, his whole soul brimming over with hideous selfishness.

He found all his household busy there. "His lordship" was to lie in state tomorrow; all Ferrara would flock to behold the wonderful spectacle;

and the servants were busy decking the room and the couch on which the dead man lay. At a sign from Don Juan all his people stopped, dumfounded and trembling.

"Leave me alone here," he said, and his voice was changed, "and do not return until I leave the room."

When the footsteps of the old servitor, who was the last to go, echoed but faintly along the paved gallery, Don Juan hastily locked the door, and sure that he was quite alone, "Let us try," he said to himself.

Bartolommeo's body was stretched on a long table. The embalmers had laid a sheet over it, to hide from all eyes

the dreadful spectacle of a corpse so wasted and shrunken that it seemed like a skeleton, and only the face was uncovered.

This mummy-like figure lay in the middle of the room. The limp clinging linen lent itself to the outlines it shrouded—so sharp, bony, and thin.

Large violet patches had already begun to spread over the face; the embalmers' work had not been finished too soon.

Don Juan, strong as he was in his scepticism, felt a tremor as he opened the magic crystal flask.

When he stood over that face, he was trembling so violently, that he was actually obliged to wait for a moment.

But Don Juan had acquired an early familiarity with evil;

his morals had been corrupted by a licentious court, a reflection worthy of the Duke of Urbino crossed his mind, and it was a keen sense of curiosity that goaded him into boldness.

The devil himself might have whispered the words that were echoing through his brain, Moisten one of the eyes with the liquid!

He took up a linen cloth, moistened it sparingly with the precious fluid, and passed it lightly over the right eyelid of the corpse. The eye unclosed....

"Aha!" said Don Juan. He gripped the flask tightly, as we clutch in dreams the branch from which we hang suspended over a precipice.

For the eye was full of life. It was a young child's eye set in a death's head; the light quivered in the depths of its youthful liquid brightness.

Shaded by the long dark lashes, it sparkled like the strange lights that travelers see in lonely places in winter nights.

The eye seemed as if it would fain dart fire at Don Juan; he saw it thinking, upbraiding, condemning, uttering accusations, threatening doom; it cried aloud, and gnashed upon him.

All anguish that shakes human souls was gathered there;

supplications the most tender, the wrath of kings, the love in a girl's heart pleading with the headsman;

then, and after all these, the deeply searching glance a man turns on his fellows as he mounts the last step of the scaffold.

Life so dilated in this fragment of life that Don Juan shrank back; he walked up and down the room, he dared not meet that gaze, but he saw nothing else.

The ceiling and the hangings, the whole room was sown with living points of fire and intelligence. Everywhere those gleaming eyes haunted him.

"He might very likely have lived another hundred years!" he cried involuntarily. Some diabolical influence had drawn him to his father, and again he gazed at that luminous spark.

The eyelid closed and opened again abruptly; it was like a woman's sign of assent. It was an intelligent movement. If a voice had cried "Yes!" Don Juan could not have been more startled.

"What is to be done?" he thought. He nerved himself to try to close the white eyelid. In vain.

"Kill it? That would perhaps be parricide," he debated with himself. "Yes," the eye said, with a strange sardonic quiver of the lid.

"Aha!" said Don Juan to himself, "here is witchcraft at work!" And he went closer to crush the thing. A great tear trickled over the hollow cheeks, and fell on Don Juan's hand.

"It is scalding!" he cried. He sat down. The struggle exhausted him; it was as if, like Jacob of old, he was wrestling with an angel.

At last he rose. "So long as there is no blood——" he muttered.

Then, summoning all the courage needed for a coward's crime, he extinguished the eye, pressing it with the linen cloth, turning his head away.

A terrible groan startled him. It was the poor poodle, who died with a long-drawn howl.

"Could the brute have been in the secret?" thought Don Juan, looking down at the faithful creature.

Don Juan Belvidero was looked upon as a dutiful son. He reared a white marble monument on his father's tomb, and employed the greatest sculptors of the time upon it.

He did not recover perfect ease of mind till the day when his father knelt in marble before Religion,

and the heavy weight of the stone had sealed the mouth of the grave in which he had laid the one feeling of remorse that sometimes flitted through his soul in moments of physical weariness.

He had drawn up a list of the wealth heaped up by the old merchant in the East, and he became a miser: had he not to provide for a second lifetime?

His views of life were the more profound and penetrating; he grasped its significance, as a whole, the better, because he saw it across a grave.

All men, all things, he analyzed once and for all; he summed up the Past, represented by its records; the Present in the law, its crystallized form; the Future, revealed by religion.

He took spirit and matter, and flung them into his crucible, and found—Nothing. Thenceforward he became DON JUAN.

At the outset of his life, in the prime of youth and the beauty of youth, he knew the illusions of life for what they were; he despised the world, and made the utmost of the world.

His felicity could not have been of the bourgeois kind, rejoicing in periodically recurrent bouilli, in the comforts of a warming-pan, a lamp of a night, and a new pair of slippers once a quarter.

Nay, rather he seized upon existence as a monkey snatches a nut, and after no long toying with it, proceeds deftly to strip off the mere husks to reach the savory kernel within.

Poetry and the sublime transports of passion scarcely reached ankle-depth with him now.

He in nowise fell into the error of strong natures who flatter themselves now and again that little souls will believe in a great soul,

and are willing to barter their own lofty thoughts of the future for the small change of our life-annuity ideas.

He, even as they, had he chosen, might well have walked with his feet on the earth and his head in the skies; but he liked better to sit on earth, to wither the soft, fresh, fragrant lips of a woman with kisses,

for like Death, he devoured everything without scruple as he passed; he would have full fruition; he was an Oriental lover, seeking prolonged pleasures easily obtained.

He sought nothing but a woman in women, and cultivated cynicism, until it became with him a habit of mind.

When his mistress, from the couch on which she lay, soared and was lost in regions of ecstatic bliss, Don Juan followed suit, earnest, expansive, serious as any German student.

But he said I, while she, in the transports of intoxication, said We. He understood to admiration the art of abandoning himself to the influence of a woman;

he was always clever enough to make her believe that he trembled like some boy fresh from college before his first partner at a dance, when he asks her, "Do you like dancing?"

But, no less, he could be terrible at need, could unsheathe a formidable sword and make short work of Commandants.

Banter lurked beneath his simplicity, mocking laughter behind his tears—for he had tears at need, like any woman nowadays who says to her husband, "Give me a carriage, or I shall go into a consumption."

For the merchant the world is a bale of goods or a mass of circulating bills; for most young men it is a woman, and for a woman here and there it is a man;

for a certain order of mind it is a salon, a coterie, a quarter of the town, or some single city; but Don Juan found his world in himself.

This model of grace and dignity, this captivating wit, moored his bark by every shore; but wherever he was led he was never carried away, and was only steered in a course of his own choosing.

The more he saw, the more he doubted. He watched men narrowly, and saw how, beneath the surface, courage was often rashness;

and prudence, cowardice; generosity, a clever piece of calculation; justice, a wrong; delicacy, pusillanimity; honesty, a modus vivendi; and by some strange dispensation of fate,

he must see that those who at heart were really honest, scrupulous, just, generous, prudent, or brave were held cheaply by their fellow-men.

"What a cold-blooded jest!" said he to himself. "It was not devised by a God."

From that time forth he renounced a better world, and never uncovered himself when a Name was pronounced, and for him the carven saints in the churches became works of art.

He understood the mechanism of society too well to clash wantonly with its prejudices;

for, after all, he was not as powerful as the executioner, but he evaded social laws with the wit and grace so well rendered in the scene with M. Dimanche.

He was, in fact, Moliere's Don Juan, Goethe's Faust, Byron's Manfred, Mathurin's Melmoth

—great allegorical figures drawn by the greatest men of genius in Europe, to which Mozart's harmonies, perhaps, do no more justice than Rossini's lyre.

Terrible allegorical figures that shall endure as long as the principle of evil existing in the heart of man shall produce a few copies from century to century.

Sometimes the type becomes half-human when incarnate as a Mirabeau, sometimes it is an inarticulate force in a Bonaparte,

sometimes it overwhelms the universe with irony as a Rabelais; or, yet again, it appears when a Marechal de Richelieu elects to laugh at human beings instead of scoffing at things,

or when one of the most famous of our ambassadors goes a step further and scoffs at both men and things.

But the profound genius of Juan Belvidero anticipated and resumed all these. All things were a jest to him. His was the life of a mocking spirit. All men, all institutions, all realities, all ideas were within its scope.

As for eternity, after half an hour of familiar conversation with Pope Julius II. he said, laughing:

"If it is absolutely necessary to make a choice, I would rather believe in God than in the Devil; power combined with goodness always offers more resources than the spirit of Evil can boast."

"Yes; still God requires repentance in this present world——"

"So you always think of your indulgences," returned Don Juan Belvidero. "Well, well, I have another life in reserve in which to repent of the sins of my previous existence."

"Oh, if you regard old age in that light," cried the Pope, "you are in danger on canonization ——" "After your elevation to the Papacy nothing is incredible."

And they went to watch the workmen who were building the huge basilica dedicated to Saint Peter.

"Saint Peter, as the man of genius who laid the foundation of our double power," the Pope said to Don Juan, "deserves this monument.

Sometimes, though, at night, I think that a deluge will wipe all this out as with a sponge, and it will be all to begin over again."

Don Juan and the Pope began to laugh; they understood each other. A fool would have gone on the morrow to amuse himself with Julius II. in Raphael's studio or at the delicious Villa Madama;

not so Belvidero. He went to see the Pope as pontiff, to be convinced of any doubts that he (Don Juan) entertained.

Over his cups the Rovere would have been capable of denying his own infallibility and of commenting on the Apocalypse.

Nevertheless, this legend has not been undertaken to furnish materials for future biographies of Don Juan;

it is intended to prove to honest folk that Belvidero did not die in a duel with stone, as some lithographers would have us believe.

When Don Juan Belvidero reached the age of sixty he settled in Spain, and there in his old age he married a young and charming Andalusian wife.

But of set purpose he was neither a good husband nor a good father. He had observed that we are never so tenderly loved as by women to whom we scarcely give a thought.

Dona Elvira had been devoutly brought up by an old aunt in a castle a few leagues from San-Lucar in a remote part of Andalusia.

She was a model of devotion and grace. Don Juan foresaw that this would be a woman who would struggle long against a passion before yielding, and therefore hoped to keep her virtuous until his death.

It was a jest undertaken in earnest, a game of chess which he meant to reserve till his old age. Don Juan had learned wisdom from the mistakes made by his father Bartolommeo;

he determined that the least details of his life in old age should be subordinated to one object—the success of the drama which was to be played out upon his death-bed.

For the same reason the largest part of his wealth was buried in the cellars of his palace at Ferrara, whither he seldom went.

As for the rest of his fortune, it was invested in a life annuity, with a view to give his wife and children an interest in keeping him alive;

but this Machiavellian piece of foresight was scarcely necessary.

His son, young Felipe Belvidero, grew up as a Spaniard as religiously conscientious as his father was irreligious, in virtue, perhaps, of the old rule, "A miser has a spendthrift son."

The Abbot of San-Lucar was chosen by Don Juan to be the director of the consciences of the Duchess of Belvidero and her son Felipe.

The ecclesiastic was a holy man, well shaped, and admirably well proportioned. He had fine dark eyes,

a head like that of Tiberius, worn with fasting, bleached by an ascetic life, and, like all dwellers in the wilderness, was daily tempted.

The noble lord had hopes, it may be, of despatching yet another monk before his term of life was out.

But whether because the Abbot was every whit as clever as Don Juan himself, or Dona Elvira possessed more discretion or more virtue than Spanish wives are usually credited with,

Don Juan was compelled to spend his declining years beneath his own roof, with no more scandal under it than if he had been an ancient country parson.

Occasionally he would take wife and son to task for negligence in the duties of religion, peremptorily insisting that they should carry out to the letter the obligations imposed upon the flock by the Court of Rome.

Indeed, he was never so well pleased as when he had set the courtly Abbot discussing some case of conscience with Dona Elvira and Felipe.

At length, however, despite the prodigious care that the great magnifico, Don Juan Belvidero, took of himself, the days of decrepitude came upon him,

and with those days the constant importunity of physical feebleness, an importunity all the more distressing by contrast with the wealth of memories of his impetuous youth and the sensual pleasures of middle age.

The unbeliever who in the height of his cynical humor had been wont to persuade others to believe in laws and principles at which he scoffed, must repose nightly upon a perhaps.

The great Duke, the pattern of good breeding, the champion of many a carouse, the proud ornament of Courts,

the man of genius, the graceful winner of hearts that he had wrung as carelessly as a peasant twists an osier withe,

was now the victim of a cough, of a ruthless sciatica, of an unmannerly gout.

His teeth gradually deserted him, as at the end of an evening the fairest and best-dressed women take their leave one by one till the room is left empty and desolate.

The active hands became palsy- stricken, the shapely legs tottered as he walked. At last, one night, a stroke of apoplexy caught him by the throat in its icy clutch.

After that fatal day he grew morose and stern. He would reproach his wife and son with their devotion,

casting it in their teeth that the affecting and thoughtful care that they lavished so tenderly upon him was bestowed because they knew that his money was invested in a life annuity.

Then Elvira and Felipe would shed bitter tears and redouble their caresses, and the wicked old man's insinuating voice would take an affectionate tone

—"Ah, you will forgive me, will you not, dear friends, dear wife? I am rather a nuisance. Alas, Lord in heaven, how canst Thou use me as the instrument by which Thou provest these two angelic creatures?

I who should be the joy of their lives am become their scourge..."In this manner he kept them tethered to his pillow,

blotting out the memory of whole months of fretfulness and unkindness in one short hour when he chose to display for them the ever-new treasures of his pinchbeck tenderness and charm of manner

—a system of paternity that yielded him an infinitely better return than his own father's indulgence had formerly gained.

At length his bodily infirmities reached a point when the task of laying him in bed became as difficult as the navigation of a felucca in the perils of an intricate channel.

Then came the day of his death; and this brilliant sceptic, whose mental faculties alone had survived the most dreadful of all destructions,

found himself between his two special antipathies—the doctor and the confessor. But he was jovial with them.

Did he not see a light gleaming in the future beyond the veil?

The pall that is like lead for other men was thin and translucent for him; the light-footed, irresistible delights of youth danced beyond it like shadows.

It was on a beautiful summer evening that Don Juan felt the near approach of death.

The sky of Spain was serene and cloudless; the air was full of the scent of orange-blossom; the stars shed clear, pure gleams of light; nature without seemed to give the dying man assurance of resurrection;

a dutiful and obedient son sat there watching him with loving and respectful eyes. Towards eleven o'clock he desired to be left alone with this single-hearted being.

"Felipe," said the father, in tones so soft and affectionate that the young man trembled, and tears of gladness came to his eyes; never had that stern father spoken his name in such a tone.

"Listen, my son," the dying man went on. "I am a great sinner. All my life long, however, I have thought of my death. I was once the friend of the great Pope Julius II.

and that illustrious Pontiff, fearing lest the excessive excitability of my senses should entangle me in mortal sin between the moment of my death and the time of my anointing with the holy oil,

gave me a flask that contains a little of the holy water that once issued from the rock in the wilderness.

I have kept the secret of this squandering of a treasure belonging to Holy Church, but I am permitted to reveal the mystery in articulo mortis to my son.

You will find the flask in a drawer in that Gothic table that always stands by the head of the bed....

The precious little crystal flask may be of use yet again for you, dearest Felipe. Will you swear to me, by your salvation, to carry out my instructions faithfully?"

Felipe looked at his father, and Don Juan was too deeply learned in the lore of the human countenance not to die in peace with that look as his warrant,

as his own father had died in despair at meeting the expression in his son's eyes. "You deserved to have a better father," Don Juan went on.

"I dare to confess, my child, that while the reverend Abbot of San-Lucar was administering the Viaticum I was thinking of the incompatibility of the co-existence of two powers so infinite as God and the Devil——"

"Oh, father!" "And I said to myself, when Satan makes his peace he ought surely to stipulate for the pardon of his followers, or he will be the veriest scoundrel.

The thought haunted me; so I shall go to hell, my son, unless you carry out my wishes." "Oh, quick; tell me quickly, father."

"As soon as I have closed my eyes," Don Juan went on, "and that may be in a few minutes, you must take my body before it grows cold and lay it on a table in this room.

Then put out the lamp; the light of the stars should be sufficient. Take off my clothes,

reciting Aves and Paters the while, raising your soul to God in prayer, and carefully anoint my lips and eyes with this holy water; begin with the face,

and proceed successively to my limbs and the rest of my body; my dear son, the power of God is so great that you must be astonished at nothing."

Don Juan felt death so near, that he added in a terrible voice, "Be careful not to drop the flask."

Then he breathed his last gently in the arms of his son, and his son's tears fell fast over his sardonic, haggard features.

It was almost midnight when Don Felipe Belvidero laid his father's body upon the table. He kissed the sinister brow and the gray hair; then he put out the lamp.

By the soft moonlight that lit strange gleams across the country without, Felipe could dimly see his father's body,

a vague white thing among the shadows.

The dutiful son moistened a linen cloth with the liquid, and, absorbed in prayer, he anointed the revered face. A deep silence reigned.

Felipe heard faint, indescribable rustlings; it was the breeze in the tree-tops, he thought.

But when he had moistened the right arm, he felt himself caught by the throat, a young strong hand held him in a tight grip—it was his father's hand!

He shrieked aloud; the flask dropped from his hand and broke in pieces.

The liquid evaporated; the whole household hurried into the room, holding torches aloft.

That shriek had startled them, and filled them with as much terror as if the Trumpet of the Angel sounding on the Last Day had rung through earth and sky.

The room was full of people, and a horror-stricken crowd beheld the fainting Felipe upheld by the strong arm of his father, who clutched him by the throat.

They saw another thing, an unearthly spectacle—Don Juan's face grown young and beautiful as Antinous,

with its dark hair and brilliant eyes and red lips, a head that made horrible efforts, but could not move the dead, wasted body.

An old servitor cried, "A miracle! a miracle!" and all the Spaniards echoed, "A miracle! a miracle!"

Dona Elvira, too pious to attribute this to magic, sent for the Abbot of San-Lucar;

and the Prior beholding the miracle with his own eyes, being a clever man, and withal an Abbot desirous of augmenting his revenues, determined to turn the occasion to profit.

He immediately gave out that Don Juan would certainly be canonized; he appointed a day for the celebration of the apotheosis in his convent,

which thenceforward, he said, should be called the convent of San Juan of Lucar. At these words a sufficiently facetious grimace passed over the features of the late Duke.

The taste of the Spanish people for ecclesiastical solemnities is so well known,

that it should not be difficult to imagine the religious pantomime by which the Convent of San-Lucar celebrated the translation of the blessed Don Juan Belvidero to the abbey-church.

The tale of the partial resurrection had spread so quickly from village to village, that a day or two after the death of the illustrious nobleman the report had reached every place within fifty miles of San-Lucar,

and it was as good as a play to see the roads covered already with crowds flocking in on all sides, their curiosity whetted still further by the prospect of a Te Deum sung by torchlight.

The old abbey church of San-Lucar, a marvelous building erected by the Moors, a mosque of Allah,

which for three centuries had heard the name of Christ, could not hold the throng that poured in to see the ceremony.

Hidalgos in their velvet mantles, with their good swords at their sides, swarmed like ants, and were so tightly packed in among the pillars that they had not room to bend the knees, which never bent save to God.

Charming peasant girls, in the basquina that defines the luxuriant outlines of their figures, lent an arm to white-haired old men.

Young men, with eyes of fire, walked beside aged crones in holiday array.

Then came couples tremulous with joy, young lovers led thither by curiosity, newly-wedded folk; children timidly clasping each other by the hand.

This throng, so rich in coloring, in vivid contrasts, laden with flowers, enameled like a meadow, sent up a soft murmur through the quiet night. Then the great doors of the church opened.

Late comers who remained without saw afar, through the three great open doorways, a scene of which the theatrical illusions of modern opera can give but a faint idea.

The vast church was lighted up by thousands of candles, offered by saints and sinners alike eager to win the favor of this new candidate for canonization,

and these self-commending illuminations turned the great building into an enchanted fairyland.

The black archways, the shafts and capitals, the recessed chapels with gold and silver gleaming in their depths, the galleries, the Arab traceries,

all the most delicate outlines of that delicate sculpture, burned in the excess of light like the fantastic figures in the red heart of a brazier.

At the further end of the church, above that blazing sea, rose the high altar like a splendid dawn.

All the glories of the golden lamps and silver candlesticks, of banners and tassels, of the shrines of the saints and votive offerings, paled before the gorgeous brightness of the reliquary in which Don Juan lay.

The blasphemer's body sparkled with gems, and flowers, and crystal, with diamonds and gold, and plumes white as the wings of seraphim; they had set it up on the altar, where the pictures of Christ had stood.

All about him blazed a host of tall candles; the air quivered in the radiant light.

The worthy Abbot of San-Lucar, in pontifical robes, with his mitre set with precious stones, his rochet and golden crosier, sat enthroned in imperial state among his clergy in the choir.

Rows of impassive aged faces, silver-haired old men clad in fine linen albs, were grouped about him,

as the saints who confessed Christ on earth are set by painters, each in his place, about the throne of God in heaven.

The precentor and the dignitaries of the chapter, adorned with the gorgeous insignia of ecclesiastical vanity,

came and went through the clouds of incense, like stars upon their courses in the firmament.

When the hour of triumph arrived, the bells awoke the echoes far and wide, and the whole vast crowd raised to God the first cry of praise that begins the Te Deum.

A sublime cry! High, pure notes, the voices of women in ecstasy, mingled in it with the sterner and deeper voices of men;

thousands of voices sent up a volume of sound so mighty, that the straining, groaning organ-pipes could not dominate that harmony.

But the shrill sound of children's singing among the choristers, the reverberation of deep bass notes,

awakened gracious associations, visions of childhood, and of man in his strength, and rose above that entrancing harmony of human voices blended in one sentiment of love.

Te Deum laudamus!

The chant went up from the black masses of men and women kneeling in the cathedral, like a sudden breaking out of light in darkness, and the silence was shattered as by a peal of thunder.

The voices floated up with the clouds of incense that had begun to cast thin bluish veils over the fanciful marvels of the architecture, and the aisles were filled with splendor and perfume and light and melody.

Even at the moment when that music of love and thanksgiving soared up to the altar, Don Juan, too well bred not to express his acknowledgments,

too witty not to understand how to take a jest, bridled up in his reliquary, and responded with an appalling burst of laughter.

Then the Devil having put him in mind of the risk he was running of being taken for an ordinary man, a saint, a Boniface, a Pantaleone,

he interrupted the melody of love by a yell, the thousand voices of hell joined in it. Earth blessed, Heaven banned. The church was shaken to its ancient foundations.

Te Deum laudamus! cried the many voices.

"Go to the devil, brute beasts that you are! Dios! Dios! Garajos demonios! Idiots! What fools you are with your dotard God!"

and a torrent of imprecations poured forth like a stream of red-hot lava from the mouth of Vesuvius.

"Deus Sabaoth!... Sabaoth!" cried the believers. "You are insulting the majesty of Hell," shouted Don Juan, gnashing his teeth.

In another moment the living arm struggled out of the reliquary, and was brandished over the assembly in mockery and despair.

"The saint is blessing us," cried the old women, children, lovers, and the credulous among the crowd.

And note how often we are deceived in the homage we pay; the great man scoffs at those who praise him, and pays compliments now and again to those whom he laughs at in the depths of his heart.

Just as the Abbot, prostrate before the altar, was chanting "Sancte Johannes, ora pro noblis!" he heard a voice exclaim sufficiently distinctly: "O coglione!"

"What can be going on up there?" cried the Sub-prior, as he saw the reliquary move. "The saint is playing the devil," replied the Abbot.

Even as he spoke the living head tore itself away from the lifeless body, and dropped upon the sallow cranium of the officiating priest.

"Remember Dona Elvira!" cried the thing, with its teeth set fast in the Abbot's head. The Abbot's horror-stricken shriek disturbed the ceremony; all the ecclesiastics hurried up and crowded about their chief.

"Idiot, tell us now if there is a God!" the voice cried, as the Abbot, bitten through the brain, drew his last breath.

PARIS, October 1830.